Le Service National Universel : Position de la FCSF

Le Service National Universel, de quoi parle-t-on ?
Le Service Militaire a disparu en 1997, remplacé successivement par des dispositifs volontaires : service civil volontaire jusqu’en 2009, puis Service Civique (toujours existant, mais dont on sent les moyens se tendre progressivement).
Le Service National Universel (SNU) est une initiative du gouvernement, annoncée dans la campagne présidentielle de 2017 « En Marche » par le candidat Emmanuel Macron, visant à agir sur le sentiment d’appartenance à la nation des jeunes de 16 à 18 ans, favoriser la mixité sociale des jeunes, former les futurs citoyens.
Le dispositif actuellement en expérimentation est issu d’une production d’un groupe de travail, mais n’a pas fait l’objet d’une consultation nationale, ni auprès des jeunes, des familles, ou des associations.
Prenant la forme d’un service civique obligatoire, il se décompose en 3 phases :
– Une phase de cohésion, en internat, en dehors du département de vie du jeune, pendant 15 jours, avec un encadrement en partie militaire, repartant des valeurs de la République ;
– Une phase de sensibilisation, de 15 jours obligatoire aussi, dans son département, auprès d’associations ou de services publics, pour une mission d’intérêt général ;
– Une phase d’engagement, pour une période minimum de 3 mois, facultative, pour aller plus loin dans l’engagement.
Le SNU est en phase d’expérimentation depuis juin 2019, avec l’ambition, selon les résultats, d’une généralisation à l’horizon 2021 ou 2022. Une loi devra formaliser cette généralisation, ainsi que les dispositions légales de dispenses ou de sanctions (si cela devient obligatoire).
La proposition du SNU ne croise pas les conceptions de la FCSF de l’engagement, champ sur lequel les centres sociaux agissent depuis leur création, partant de l’initiative des individus, et non une obligation à s’engager.
S’appuyant sur la Motion Jeunesse votée par l’AG de Vogue en 2017, la FCSF promeut une pédagogie de l’engagement, reposant sur plusieurs étapes et différentes formes, constituant un véritable parcours d’engagement, démarrant dès le plus jeune âge jusqu’à la fin de la vie.
Surtout, cette pédagogie de l’engagement part des envies et des ressources des personnes, et non d’un cadre national descendant. Il y a une contradiction fondamentale entre engagement et obligation, qui peut être même contre-productive, si le SNU ne se passe bien (encadrement militaire, maturité du jeune), le jeune pourrait associer l’engagement à de mauvais souvenirs.
Les enjeux de citoyenneté et mixité sociale ne doivent pas attendre 16 ans pour être partagé avec les jeunes, mais dès le plus jeune âge et dans le champ scolaire.
Les moyens conséquents déployés pour le SNU pourraient être mieux employés, pour le service civique, ou une politique ambitieuse autour des colonies de vacances, classes vertes ou de découvertes, meilleur vecteur de cohésion sociale.
Position de la FCSF
Sur le volet obligatoire du SNU :
S’appuyant sur l’engagement du réseau autour de la Motion Pédagogie de l’engagement des Jeunes et, au regard de ces éléments, le CA FCSF est unanime pour ne pas soutenir ce dispositif, invitant par là le réseau des centres sociaux et des fédérations à ne pas se mobiliser (malgré les appels des pouvoirs publics, préfectures en première ligne) sur les phases obligatoires du SNU (stage de cohésion, phase de sensibilisation).
La FCSF va s’allier pour ce faire avec les mouvements de jeunesse et associations d’étudiants s’étant positionnés contre ce dispositif, pour peser sur le débat public, donner à voir d’autres formes d’engagement, produire un plaidoyer pour des propositions alternatives.
Pour le second volet optionnel du SNU :
Bien que le second volet soit optionnel et proche d’une démarche de service civique, la FCSF ne soutient pas ce volet optionnel qui reste l’un des éléments structurant du SNU. Afin d’être cohérent avec notre positionnement et de le renforcer, nous poursuivons notre soutien au service civique « classique » et la promotion de toutes les formes d’engagement déjà à l’oeuvre dans les centres sociaux.

Sauvons le Service Civique!

« Petit miracle républicain » voté à l’unanimité en 2010, le Service Civique était alors plein de promesses : sécuriser l’engagement des jeunes, le développer, le valoriser.
« Le Service Civique, c’est un engagement volontaire au service de l’intérêt général ouvert aux 16-25 ans. Accessible sans condition de diplôme, le Service Civique est indemnisé ». [Agence du Service Civique]
« Le Service Civique a pour objet de renforcer la cohésion nationale et la mixité sociale et offre à toute personne volontaire l’opportunité de servir les valeurs de la République et de s’engager en faveur d’un projet collectif en effectuant une mission d’intérêt général » [Code du Service National]
Aujourd’hui, le Service Civique est devenu un marqueur générationnel phare pour les jeunes français, résultat d’une politique du chiffre assumée. Ils seront ainsi presque 145 000 jeunes à s’y être engagés en 2019. Un remarquable succès quantitatif, gagné à la force d’un branle-bas de combat ministériel et associatif, qui mobilise aujourd’hui une très large frange d’acteurs autour de l’engagement de la jeunesse.
Le Service Civique est fondé sur le volontariat, sur la progression personnelle dans le cadre d’un projet au moins en partie défini par le jeune lui-même, sur la montée en compétences dans le cadre d’une citoyenneté exercée librement. S’il est vrai que beaucoup de jeunes ne s’y engagent pas par fibre militante a priori, tous découvrent au cours de leur mission les notions d’intérêt général et de citoyenneté. Le Service Civique est une belle école de l’engagement, tout comme une formidable opportunité de renouvellement pour les associations et institutions publiques qui accueillent les volontaires.
Le Service Civique comprend bien sûr des marges de progression, et des points de vigilance. L’annualité désormais routinière de l’accueil des volontaires, le nombre des cohortes, le manque de formation des tuteurs, tendent à réduire la part d’engagement personnel pourtant prépondérante dans ce que doit être la mission d’un volontaire. Mais est surtout dénoncé le risque croissant d’une collusion du Service Civique avec l’emploi, surtout dans un contexte de fort chômage des jeunes et de fragilisation généralisée du monde associatif et de l’administration publique.
Pourtant le Service Civique a réussi le pari d’un équilibre fragile : atteindre l’universalité -offrir une mission à chaque jeune volontaire- et un effet générationnel massif, sans le caractère obligatoire de l’engagement, et en préservant une forte identité citoyenne. Plébiscité par les jeunes comme par les associations et institutions, il mérite désormais qu’on y investisse massivement pour améliorer sa qualité.
On pouvait espérer que le Service Civique avait acquis un statut suffisamment pérenne, une reconnaissance suffisamment importante par l’ensemble des acteurs publics et de la société civile, pour être désormais protégé face aux soubresauts politiques. Or, le Service Civique est aujourd’hui directement menacé par le Service National Universel. Un dispositif décrié par de nombreuses associations de jeunesse et certaines collectivités pour son caractère obligatoire, et qui propose l’ « encadrement » pour toute pédagogie, plutôt que l’ « accompagnement » propre au Service Civique et à l’éducation populaire au sens large. Bancal dans son pilotage que se renvoient l’armée, l’éducation nationale, le monde associatif, comme dans sa phase expérimentale de mise en oeuvre, il a surtout un poids considérable sur les finances publiques : avec un coût annoncé d’1,5 milliards d’euros par an à terme, il entraîne une dangereuse concurrence pour les autres politiques de l’engagement, comme le Service Civique. Il coûtera ainsi 20 millions d’euros dès 2020, alors que les crédits du Service Civique se voient plafonnés, ne permettant plus la montée en puissance du dispositif.
Ainsi, au cours des derniers mois de l’année 2019 se sont multipliées les preuves de cette dégradation :
– Un nombre de missions de Service Civique et de structures agréées désormais plafonné
– Une réduction de la durée minimale des missions de Service Civique : de 8 mois, la durée a été raccourcie à 7 puis 6 mois, en l’espace de quelques semaines. Une durée beaucoup moins coûteuse, mais très préjudiciable à la qualité de l’expérience d’engagement des jeunes ;
– Un arrêt des crédits permettant le paiement des indemnités dans certaines Régions pour le dernier trimestre 2019 : certaines structures qui avaient prévu d’accueillir des volontaires à partir de septembre 2019 se sont tout simplement vu notifier l’arrêt des crédits, autrement dit pour elles la remise en cause de l’accueil du volontaire.
Cette situation affecte au quotidien nombre de réseaux associatifs nationaux, régionaux, mais aussi quantité d’associations locales, et de volontaires actuels et futurs. Ce contexte de fragilisation des financements et d’incertitude pour l’avenir menace la confiance des acteurs en le Service Civique, et pourrait pâtir aux dynamiques d’engagement qu’il suscite auprès des jeunes, des associations et des collectivités accueillantes.
Face à situation sans précédent, nous lançons un appel pour sauver le Service Civique : une politique dans laquelle nous nous sommes unanimement engagés depuis plus de dix ans, qui a largement démontré sa capacité à former des citoyens plus éclairés, plus responsables, et qui en cela répond pleinement aux objectifs du SNU : « former des citoyens » et « œuvrer à la cohésion nationale ». Nous demandons que les fonds mobilisés pour le Service National Universel soient plutôt mis au service du renforcement de la qualité du Service Civique actuel et d’autres formes de volontariat ; et qu’ils contribuent au soutien au monde associatif, en tant que vecteur principal de cohésion sociale dans notre pays.

Le 5ème numéro de la collection Repère de la FCSF

 « Faire société : les centres sociaux et la question de l’intégration »

 

 

Cette nouvelle publication rend compte d’une démarche d’échanges et de réflexions interne au réseau sur la couv-repèrequestion de l’intégration : comment les centres sociaux participent à la construction d’une société mieux intégrée,  quels sont les leviers sur lesquels ils s’appuient, les questions que cela pose au regard de leurs pratiques ?

Lancée en septembre 2012 avec le soutien de l’ex – Secrétariat général à l’immigration et à l’intégration auprès du Ministère de l’Intérieur (aujourd’hui Direction générale des étrangers en  France) et avec celui de l’Agence Nationale des Chèques Vacances (ANCV), ce Repères est le fruit d’allers-retours entre le groupe de travail national et le sociologue Smaïn Laacher d’une part, et avec les comptes-rendus de rencontres avec des salariés, bénévoles et habitant(e)s menées par la journaliste Nejma Guillon-Belbahri, d’autre part. Parsemé de témoignages, de questionnements, de pistes de réflexion et de contacts, ce numéro n’a pas l’ambition de donner des réponses toutes faites sur des façons d’alimenter les débats sur cette question sociale. Il a également pour but faire (re)connaître le rôle des centres sociaux de France, aujourd’hui, dans l’accompagnement des populations immigrées, quel que soient leur pays d’origine.

Ci-dessous le sommaire :

Partie 1 : Un accompagnement vers l’autonomie

1.      Des lieux d’apprentissage, de valorisation et de socialisation

1.1   Les premiers pas et l’apprentissage de la langue

1.2   L’exemple du permis de conduire : un pas de plus vers l’indépendance

1.3   Des espaces où se joue la question de l’émancipation

2.      Les centres sociaux agissent comme des intermédiaires entre les habitants et les institutions

2.1   L’accès au droit

2.2   L’accès à l’école

2.3   L’accès à l’emploi

2.4   Démocratisation de l’accès aux vacances suivant les valeurs de l’Education populaire

Partie 2 : La reconnaissance de l’altérité de la personne

1.      Une approche qui prend en compte le vécu et la diversité culturelle

1.1  Faire naître des récits de vie

1.2  Importance du travail de mémoire

1.3  ADLI : un dispositif qui reconnaît l’existence de différences culturelles

2.      Des espaces de vie sociale à partager

2.1  L’importance du collectif pour répondre aux problématiques individuelles

2.2  2.2 Une approche globale en réponse à une demande spécifique

2.3  Construction de projets en commun portés par les habitants

Pour accéder au document complet, téléchargez la version PDF à partir de ce lien

Vous pouvez également commander des publications auprès de Nathalie Barraud, nathalie.barraud@centres –sociaux.asso.fr

N’hésitez pas enfin à nous faire part de vos demandes d’informations, avis ou suggestions sur la démarche auprès de Caroline Ladous,

caroline.ladous@centres-sociaux.fr, tel. 01 53 09 96 12

Le nouveau projet fédéral de la FCSF

Initiée à la suite du 8e Congrès de Lyon en juin 2013, l’élaboration du nouveau projet fédéral de la FCSF s’est faite en aller-retour avec les fédérations locales et régionales entre novembre 2013 et juin 2014 (nous avons retracé avec un brin d’humour ce processus d’écriture participative avec cette vidéo). Voté à l’Assemblée Générale de Lorient en juin 2014, ce projet engage donc la FCSF jusqu’en 2022, date du prochain congrès des centres sociaux!

Le but de ce projet est de transformer l’élan du 8e congrès en un mouvement de fond et pour cela, accompagner les centres sociaux à renforcer le pouvoir d’agir des habitants. 4 orientations prioritaires ont pour cela été choisies:

> Orientation A: Continuer à être en phase avec les réalités sociales

> Orientation B: Favoriser l’apprentissage de nouveaux savoir-faire

> Orientation C: Changer nos façons d’être ensemble et de faire société

> Orientation D: Promouvoir notre projet politique et nos façons de faire

Ce projet fera l’objet d’un temps d’évaluation lors de chaque AG de la FCSF sous la forme d’un bilan annuel et d’un rapport d’orientation et fera l’objet d’une évaluation partagée avec le réseau à mi-parcours, en 2018.

Cliquez ici pour découvrir le nouveau projet fédéral